Facturer une refonte de site 800 € parce que le client attend « juste un nouveau design », ou perdre la mission en annonçant 12 000 € pour ce qu'il imagine être un simple rafraîchissement visuel : le problème vient presque toujours du même endroit. Le mot « design » recouvre des prestations dont le temps de travail réel varie du simple au dizième, entre un gabarit ajusté et une refonte fondée sur une vraie recherche utilisateur. Voici les fourchettes de prix réelles selon le type de mission, ce qui explique l'écart entre elles, et comment situer son propre tarif dessus sans le sous-évaluer.
Combien facture-t-on une refonte de site selon le type de mission
Trois types de mission reviennent le plus souvent chez un designer UX/UI indépendant, avec des budgets très différents :
- La vitrine simple : maquettes UX/UI sur une identité déjà posée, intégration sur un gabarit ajusté (thème existant retravaillé, pas reconstruit). Une poignée de jours de travail, facturée entre 800 € et 3 000 €.
- La refonte UX complète : recherche utilisateur en amont, tests, plusieurs écrans repensés, itérations sur les parcours plutôt qu'un simple habillage. Comptez entre 3 000 € et 12 000 € selon le nombre d'écrans et la profondeur de la recherche menée.
- L'identité + site : un système de marque construit depuis zéro (logo, charte, univers visuel) couplé à un site en UX/UI sur-mesure. Le repère médian tourne autour de 15 000 €, avec une fourchette qui grimpe jusqu'à 50 000 € et plus pour les projets de marque les plus travaillés.
Ces chiffres reprennent les repères publiés par La Fabrique du Net sur les tarifs design UX/UI : un quart des projets de maquettes et intégration se règlent en dessous de 5 000 €, tandis que l'identité de marque affiche un médian à 15 000 € pour une fourchette qui peut atteindre 60 000 € selon l'ampleur du rebranding. Ce n'est pas un tarif à recopier tel quel, mais un ordre de grandeur pour situer un devis avant de le chiffrer précisément.
Le TJM d'un designer UX varie du simple au double selon l'expérience
Ces fourchettes reposent sur un temps de travail facturé au tarif journalier moyen (TJM). Selon le baromètre des tarifs Malt 2026 pour les UX designers, le TJM moyen tous profils confondus s'établit autour de 506 € par jour, avec un écart net selon l'expérience : environ 299 € pour un profil débutant, 385 € pour un profil intermédiaire, et jusqu'à 582 € pour un profil senior. C'est ce même écart qui explique pourquoi deux devis pour « une refonte UX complète » peuvent varier de 3 000 € à 12 000 € sans que l'un des deux soit anormal : le nombre de jours facturés et le niveau du profil qui les facture pèsent autant que le périmètre annoncé.
Ce qui justifie l'écart de prix : la recherche, pas seulement l'écran final
Côté client, la confusion la plus fréquente consiste à réduire le design UX à « la mise en page ». Un template habillé et une interface conçue à partir d'une vraie recherche utilisateur peuvent produire, à l'œil nu, des écrans d'apparence proche : c'est justement ce qui rend l'écart de prix difficile à défendre sans l'expliquer.
Ce qui se facture réellement dans une refonte UX complète, et qui ne se voit pas sur le rendu final : les entretiens ou tests avec de vrais utilisateurs, les itérations sur un parcours qui ne fonctionnait pas (un formulaire abandonné, un tunnel de conversion mal ordonné), et les arbitrages entre plusieurs versions avant de retenir la bonne. Un template habillé saute directement à l'écran final sans avoir vérifié qu'il résout le bon problème. C'est ce travail de vérification, invisible dans le livrable, qui justifie qu'une refonte complète coûte plusieurs fois le prix d'une vitrine simple pour un nombre d'écrans parfois comparable.
Cadrer son propre devis sans se sous-évaluer
Ces fourchettes ne remplacent pas un calcul de TJM personnel : notre article sur comment fixer ses tarifs freelance à distance détaille ce calcul (revenu visé plus charges, divisé par le nombre de jours réellement facturables, en général entre 130 et 160 par an). Une fois ce plancher connu, il suffit de le multiplier par le nombre de jours réellement nécessaires à chaque type de mission, pas par un nombre de jours arrondi à la baisse pour rester dans le budget annoncé par le client avant même le brief.
Un exemple concret aide à ne pas se tromper de palier : à un TJM plancher de 430 € (le repère calculé dans l'article cité ci-dessus pour un profil confirmé), une refonte UX complète estimée à 8 jours de travail réel (2 jours de recherche et tests, 4 jours de conception d'écrans, 2 jours d'itérations) donne un devis à 3 440 €, en bas de la fourchette de ce palier. Le même calcul sur une vitrine simple estimée à 4 jours donne 1 720 €, cohérent avec le haut de sa propre fourchette. C'est ce calcul, pas un chiffre rond choisi à l'instinct, qui doit apparaître derrière chaque devis, même s'il ne figure pas noir sur blanc dans le document envoyé au client.
Deux réflexes reviennent en pratique. D'abord, préciser dès le devis ce qui distingue une vitrine simple d'une refonte complète : sans cette distinction écrite noir sur blanc, un client compare mentalement votre prix à celui d'un simple habillage, même quand vous facturez une vraie recherche utilisateur. Ensuite, ne jamais brader une identité de marque complète en la traitant comme un supplément gratuit d'un site : selon l'étude Freelancing in Europe de Malt et BCG, la grande majorité des freelances tech interrogés ne souhaitent pas revenir au salariat, une indépendance qui ne tient que si chaque type de mission reste facturé à sa vraie valeur, pas à celle du plus petit dénominateur commun du projet.
Ce même principe de valorisation par le vrai besoin, plutôt que par une estimation à l'aveugle, vaut aussi côté prospection. Le ciblage par ville et par métier de Citylead identifie les entreprises dont la présence en ligne montre un vrai besoin de refonte, pas seulement un site qui pourrait gagner deux ou trois retouches visuelles : en regardant régulièrement ces scores sur des dizaines de sites de TPE, on repère assez vite lesquels ont besoin d'une refonte UX complète (parcours confus, formulaire mal placé, structure à revoir) plutôt que d'un simple dépannage visuel. Arriver au premier échange avec cette distinction déjà posée évite de devoir la justifier a posteriori, une fois le devis annoncé.