Caler son TJM sur un chiffre entendu en formation ou sur ce que facture un confrère revient à deviner. La vraie formule tient en une ligne : revenu net visé plus charges, le tout divisé par le nombre de jours vraiment facturables dans l'année. Voici comment l'appliquer, pourquoi le statut juridique change le résultat plus qu'on ne le pense, et un exemple chiffré complet, étape par étape.
La formule en une ligne, et le piège des 220 jours
Le taux journalier moyen répond à un calcul simple : (revenu net visé + charges sociales et professionnelles) ÷ jours facturables réels. La variable qui fausse le plus de calculs, c'est le dénominateur. Beaucoup de freelances divisent sur la base de 220 jours ouvrés, comme un salarié à temps plein. Dans les faits, une fois retirés les week-ends, les congés, la prospection, l'administratif et la formation, le nombre de jours réellement facturés tourne le plus souvent entre 120 et 180 par an, et plutôt dans le bas de cette fourchette les deux premières années d'activité. Diviser sur 220 jours au lieu de 150 revient à sous-estimer son TJM d'environ 30 % sans s'en rendre compte, ce qui pèse directement sur le revenu réel en fin d'année.
Micro-entreprise ou société : l'écart de charges qui change tout le calcul
Le numérateur de la formule dépend entièrement du statut juridique choisi, un point souvent traité après coup alors qu'il change le résultat final de façon importante. En micro-entreprise, les cotisations sociales se calculent directement sur le chiffre d'affaires encaissé, à un taux fixe selon la catégorie d'activité. Au 1er janvier 2026, le barème officiel publié par economie.gouv.fr fixe ce taux à 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services relevant des BIC (la majorité des missions dev, intégration et design), et 25,6 % pour les activités libérales relevant des BNC (le régime le plus courant pour un consultant SEO indépendant).
En société (EURL au régime des travailleurs non salariés, ou SASU où le président relève du régime général comme assimilé salarié), la mécanique change complètement : les charges ne se calculent plus sur le chiffre d'affaires mais sur la rémunération versée, et le niveau grimpe nettement en SASU. Plusieurs cabinets d'expertise comptable, dont LegalPlace, évaluent la charge totale (part patronale et salariale) autour de 80 % du salaire net versé pour un président de SASU, un niveau largement supérieur au taux appliqué en micro-entreprise. Il n'existe pas de taux officiel unique en société, la base de calcul variant avec la rémunération choisie : l'Urssaf met à disposition un simulateur officiel de comparaison des régimes sociaux pour chiffrer l'écart exact selon sa propre situation avant de choisir un statut ou de recalculer son TJM après en avoir changé.
Combien facturent réellement les développeurs, consultants SEO et rédacteurs web en 2026
Une fois le plancher personnel calculé, le comparer au marché évite de se sous-vendre ou de viser trop haut. Le baromètre des tarifs Malt, qui agrège les TJM déclarés par les freelances actifs sur sa marketplace, situe le développement web dans une fourchette de 350 à 600 € par jour selon l'expérience. Les consultants SEO affichent une moyenne autour de 499 €, avec une fourchette large de 280 € pour un profil junior à plus de 700 € pour un expert reconnu. Les rédacteurs web se situent nettement plus bas, avec une moyenne proche de 373 € et une fourchette de 120 à 810 € selon le niveau et la spécialisation : l'écart entre un généraliste et un profil orienté performance ou niche sectorielle s'élargit d'année en année, un signal à prendre en compte au moment de se positionner.
Exemple chiffré, étape par étape
Prenons un consultant SEO en micro-entreprise BNC qui vise 45 000 € de revenu net sur l'année, avant impôt sur le revenu (calculé séparément). Il faut ajouter à ce montant les frais professionnels qui ne sont pas déduits du calcul des cotisations en micro-entreprise (comptable en ligne, assurance responsabilité civile professionnelle, outils), estimés ici à 2 000 € sur l'année, soit un total de 47 000 € à couvrir par le chiffre d'affaires.
Le chiffre d'affaires à générer se calcule en tenant compte du taux de cotisation de 25,6 % : 47 000 ÷ (1 − 0,256), soit environ 63 172 €. En retenant 150 jours facturables sur l'année, une estimation réaliste pour une activité déjà installée, le TJM plancher ressort à 63 172 ÷ 150, soit environ 421 € par jour.
Ce chiffre est un plancher, pas un tarif à facturer : en dessous, chaque jour travaillé rapporte moins que l'objectif fixé au départ. Comparé à la moyenne du marché à 499 € relevée plus haut, ce plancher laisse une vraie marge de négociation, à condition de la documenter par la valeur livrée plutôt que de s'arrêter au premier chiffre qui couvre les charges.
Un plancher, pas un tarif figé : le revoir chaque année
Le TJM calculé aujourd'hui devient obsolète dès que l'un des trois paramètres bouge : objectif de revenu revu à la hausse, changement de statut juridique, ou nombre de jours facturables qui évolue avec l'expérience. Le recalculer une fois par an, au même moment que la déclaration de revenus ou le bilan annuel, évite de continuer à facturer sur une base dépassée pendant douze mois de plus.
Ce plancher n'a de sens que si le volume de missions suit derrière : un TJM correctement calculé ne compense jamais un agenda à moitié vide. En croisant les recherches lancées sur Citylead pour un même métier selon la ville visée, l'écart de volume de prospects qualifiés saute aux yeux d'une requête à l'autre : c'est ce chiffre-là, pas une estimation à l'aveugle, qui permet de recaler le nombre de jours facturables retenus dans le calcul plutôt que de le laisser au hasard. Une fois ce plancher posé, reste à savoir où le facturer : notre méthode pour fixer ses tarifs en travaillant à distance détaille pourquoi le prix pratiqué dans sa propre ville n'est plus le bon repère dès que la prestation se livre en ligne.